Un troquet à Paris


J’aime les bars, les troquets, les cafés, les zincs, les rades, les bistrots, les bouges. Je m’y sens toujours un peu chez moi.
Vous pouvez y rencontrer la solitude, la joie, le désespoir, la folie, l’amitié et l’amour.
Un après-midi de printemps quand les bistrotiers ressortent leurs terrasses au premier rayon du soleil parisien, je suis là bien installée devant un bon café mousseux avec mon journal.
Me voilà prête.
Le journal a toute son importance, il me donne une excuse.
Je suis là pour lire les nouvelles bien sûr et non pour dévisager les passants ou écouter les conversations des tables qui m’entourent.
Où va-t-elle celle-là ?
Quelle démarche bizarre !
Joli chapeau !
Pas mal du tout ce petit cul.
Je m’arrête sur une personne qui accroche différemment mon regard et je commence à m’imaginer sa vie jusqu’à ce que quelqu’un d’autre perturbe mon film.
C’est une grande scène de théâtre à ciel ouvert.
Le sosie de Karl Marx vient de traverser la route. Sosie ou fantôme l’histoire ne le dit pas.
J’aime parmi tous ces badauds en choisir un, plus beau, bien habillé, l’air intelligent et décontracté. Je m’imagine alors vivre sa vie pendant 24 heures.
Comment est sa femme ou son mari, connaître tous ses plaisirs et toutes ses tristesses.
En général, le résultat est toujours le même, je me dis que ma vie n’est pas mal du tout et que ses beaux habits et son air tranquille doivent cacher quelque chose.

- Vous prendrez autre chose ma p’tite dame ?
- Un Perrier menthe, s’il vous plaît.
Je vous conseille de prendre une seconde consommation, cela vous donne encore une bonne
demi-heure pour rêvasser sans attirer les foudres du barman.

Elles semblent heureuses les deux filles là-bas, je pense qu’elles attendent un homme. La brune ne cesse de regarder sa montre et l’autre se remaquille, elle ne devrait pas.
Deux hommes en costards cravates entrent en scène. Ils semblent sérieux et sûrs d’eux. Pas de
doute ce sont des habitués. Sur une table trop petite, le plus âgé sort un plan d’architecte.
Après avoir tendu l’oreille discrètement bien sûr…ce salaud est en train de se faire construire une maison à la campagne. Je ne vois pas bien mais ça me semble grand. J’aimerais bien savoir dans quelle région de France ce type va passer ses week-ends.

Bon ce n’est pas le tout, mais j’ai aussi ma vie.
L’addition s’il vous plaît.


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