Mon grand-père Jean a acheté cet
appartement à la fin des années soixante. J’y ai
passé étant enfant une bonne partie de mes vacances d’été.
Tharon-plage est une petite station balnéaire un peu triste à coté de
Saint- Michel- Chef- Chef.
Du balcon au cinquième étage, on peut y voir le pont de Saint-Nazaire
et le passage répété de gros bateaux de marchandises.
La plage est immense et le vent y est permanent. La pêche à la
crevette, le mini golf, le club Mickey, sans oublier le marchand de sucettes
chaudes faisaient de nos vacances un moment magnifique pour les enfants
que nous étions.
J’aime revenir à Tharon hors saison. Je me sens bien dans
la douce mélancolie de ces lieux,
quand le vent siffle à travers les fenêtres et que la pluie
ruissèle sur les baies vitrées.
Y a-t-il meilleur berceuse que le bruit du sac et du ressac ?
Aujourd’hui j’ai trente quatre ans et chaque séjour à Tharon
est un pèlerinage. J’y revois mon grand-père Jean faire
la cuisine et mon arrière-grand-mère Jacqueline faire du
crochet. Elle confectionnait ces petits carrés de couleurs qu’elle
assemblait pour en faire des couvertures. Je pense que chaque membre de
la famille en a une. La mienne est rose et mauve.
Quand j’y retourne aujourd’hui, ce que j’aime par-dessus
tout c’est l’odeur intacte de cet appartement. L’odeur
y est la même depuis trente ans.
Quand j’ouvre la porte après plusieurs mois sans visite, c’est
toute mon enfance qui me revient. C’est une odeur singulière, ça
sent ni le renfermé, ni l’humidité, c’est juste
le parfum de Tharon, le parfum de l’enfance.
Aujourd’hui c’est triste, l’appartement a été vendu.
C’était un vrai bonheur, c’est devenu un souvenir heureux.
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